Edgar Chaput

Président & Co-fondateur de Perfarmer

Le métier d’agriculteur n’est pas un long fleuve tranquille. 

Tout au long de la campagne, nous sommes sous pression pour sécuriser le résultat de notre exploitation. Bien produire ses céréales ne suffit pas, il faut les vendre au bon prix. Cette phase de commercialisation comporte 2 types de risque qu’il est important de bien comprendre pour adapter sa stratégie et gagner en sérénité.

Le risque de prix sur le marché à terme

Les marchés à terme (ou MAT) nous permettent de connaître les prix de vente des céréales au niveau mondial en temps réel. En France, l’Euronext nous permet d’engager nos récoltes au prix du marché. Mais ce que nous avons gagné en transparence, nous l’avons perdu en sécurité.

En effet au cours d’une campagne, les prix pour une culture donnée peuvent varier du simple au double, comme pour le blé en 2008.

La dernière campagne a encore été animée, avec des fluctuations du cours du blé entre 163 et 216 € la tonne. Pour une exploitation de 150 hectares comprenant 560 tonnes de blé à vendre, le chiffre d’affaire sur cette culture peut donc varier de 90 000 € à 120 000 € : une différence de 30 000 € !

Et ces variations de prix sont impossibles à prévoir.

Malheureusement, même si nous réussissons à engager à un prix qui nous convient sur le marché à terme, le travail n’est pas fini. Comme nous ne pouvons pas livrer directement notre récolte à l’Euronext, nous devons passer par un organisme stockeur (OS). Celui-ci applique une marge entre le prix MAT et le prix physique qu’il nous propose pour acheter notre récolte : c’est la “base”.

Et cette base évolue également dans le temps de manière complètement opaque.

Le risque de base auprès des OS

Chaque Organisme Stockeur déduit sa propre marge du prix public du MAT. Celle-ci comprend les coûts de stockage et de transport (qui peuvent varier en fonction du cours du pétrole, mais pas seulement) ainsi que les frais de fonctionnement de l’OS.

Mais plutôt que d’appliquer une marge constante tout au long de la campagne, l’OS la fait varier régulièrement en fonction de ses besoins en grains. Par exemple, s’il signe un gros contrat avec un acheteur, l’OS va avoir besoin de beaucoup de marchandises d’un coup, et risque de baisser sa base (= sa marge) pour proposer des prix plus attractifs aux agriculteurs.

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Mais si les prix augmentent et que tous les agriculteurs engagent leur récolte au même moment, il va pouvoir augmenter sa base. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il se garde bien de nous prévenir et d’afficher ses frais de manière transparente.

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Difficile donc de savoir quand engager sa récolte sur l’Euronext et quand la vendre sur le marché physique à un OS. Avec tout ça, on comprend mieux pourquoi la commercialisation est un sujet aussi stressant pour les agriculteurs.

Dans un prochain article, nous rentrerons plus en détail sur l’importance de définir une stratégie de couverture sur sa ferme pour faire face à ces risques.