À propos de Perfarmer

Droit au frisson opposable

Par Edgar Chaput le 8 avril 2019
Edgar Chaput

Président & Co-fondateur de Perfarmer

David Mascaras assume son goût pour la chasse aux opportunités sur le marché des céréales. Mais il est conscient de la vulnérabilité de sa profession et rêve d'une communauté plus solidaire et à grande échelle.
 David


« Bonjour ! Je vous attendais. Je vous fais des cafés ?»
En ce matin glacial de janvier, David Mascaras est le plus réveillé de tout le village de Miradoux, et son bureau à l'étage est la seule source de lumière de la rue encore plongée dans la nuit. Sa silhouette longiligne s'active depuis un moment : il a déjà fait sa revue de presse de l'actualité agricole et il est prêt à partir sur son exploitation. « Je n'habite pas sur ma ferme, il y a trente ans cela paraissait improbable ...», s'amuse l'agriculteur.


David exploite depuis 2011 plus de cent hectares de terres où il cultive blé, colza, pois chiches et tournesol. Ce Gersois d'origine se délecte de ce retour aux sources après une première vie dans le privé en tant que commercial dans une multinationale en lien avec l’agriculture. De là sans doute lui vient le sens du rentable, de la chasse aux opportunités : « Je sécurise l'essentiel de ma récolte mais j'en garde toujours une petite partie pour jouer, guetter le fameux meilleur prix de l'année, juste pour le plaisir, le kif, l'excitation ! Le blé dur est une culture qui permet d'aller chercher ce frisson-là », 
s'enflamme-t-il en laissant échapper une ou deux interjections en occitan.

Il se souvient de sa meilleure vente, arrachée in extremis un matin, dix minutes avant un effondrement du cours du blé. Ce jour-là il a compris que la courbe de ses revenus ne tenait pas à grand-chose : « les tweets de Trump ou une sécheresse australienne, tout peut se répercuter sur notre bout de champ ».  Depuis, il a érigé la rentabilité – donc la rémunération – en priorité. Et assume.

« Le salaire reste un gros mot pour certains, mais il faut qu'on puisse se tirer un bon revenu. Mon métier me passionne mais je veux aussi profiter de la vie avec mes enfants. »  
Chaque matin David fait le tour de la météo des marchés, compile les infos, compare les communiqués. Parce qu'il trouve que « les marges des intermédiaires ont tendance à gonfler sur le dos des moins bien informés ». Pour ne pas céder au repli ou au pessimisme, il parle et pense collectif, se dit « fier de travailler en 100% CUMA », s'investit volontiers dans cette communauté d’agriculteurs dont il a été le président pendant 5 ans.

 

Il sait que la profession devra composer, ces prochaines années, avec un marché capricieux et une demande sociétale nouvelle : celle d'une agriculture plus durable. Il s'inquiète face à cette équation difficile et aimerait voir émerger une communauté agricole à grande échelle, plus soudée face à la concurrence internationale.

« Ce qui me rendra toujours fier, c'est d'être capable d'expliquer à mes enfants les enjeux de ce qu'ils ont dans leur assiette. »

 

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