Edgar Chaput

Président & Co-fondateur de Perfarmer

Accros aux smartphones ? Difficile de nier cette réalité : nous consultons en moyenne notre téléphone 221 fois par jour (Source : Tecmark).

Et si le smartphone est devenu le prolongement de notre bras, les applications sont les « grandes gagnantes » de l’Internet mobile en concentrant 90% du temps passé (Source : eMarketer).

Voilà pourquoi de nombreux collecteurs de céréales ont délaissé leur site internet responsive ou les raccourcis de leur Extranet sur leur smartphone pour s’équiper d’une application mobile.

Mais avant de plonger dans l’univers complexe du mobile, prenons le temps de se poser 3 questions fondamentales.


1. Une application oui, mais pour faire quoi ?

« Tout ! » répondront immédiatement les Organismes Stockeurs qui rêvent leur app mobile en nouveau guichet unique de l’agriculteur. Comme sur l’Extranet de sa coopérative ou son négoce, l’agriculteur équipé de son application mobile pourrait consulter la météo, accéder aux conseils techniques, commander ses intrants, suivre les cotations, contractualiser…

Pourtant, l’enjeu est d’imaginer à quoi ressemblera le téléphone de l’agriculteur dans 5 ans ? Aura-t-il téléchargé l’application mobile de l’ensemble de ses Organismes Stockeurs ou plutôt la meilleure application pour répondre à chacun de ses problèmes (c’est-à-dire une application pour suivre la météo, une application pour consulter ses comptes bancaires, une application pour vendre ses récoltes…) ? Jeter un oeil à son propre téléphone aide à se rendre compte que la seconde option semble beaucoup plus probable. L’ère des portails où l’internaute a la possibilité de tout faire est bel et bien révolue.

L’approche Mobile first qui structure l’internet moderne nous invite désormais à limiter le nombre de fonctionnalités proposées à l’utilisateur pour répondre à un besoin spécifique.

2. Qui pour développer cette application ?

Une fois que l’Organisme Stockeur a pris conscience de l’intérêt de s’équiper d’une application mobile pour animer sa collecte, se pose la question du développement. Plusieurs points sont à considérer :

  • Le coût : Développer une application mobile est long (9 mois en moyenne) et coûteux (le budget moyen est de 99 000 € – Source : eMarketing).
  • L’adoption de la technologie car la plupart des applications développées ne sont jamais téléchargées. En effet, selon Comscore, 51% des possesseurs de smartphone n’ont téléchargé aucune application le mois dernier.
  • L’usage puisque la plupart des applications téléchargées ne sont pas utilisées. En effet, 30% des applications ne sont plus utilisées après une semaine, et ce chiffre atteint même deux tiers des applications mobiles après un mois (Source : ZDNet).

De plus, de nombreuses spécificités sont à prendre en compte lors du développement d’une application agricole : les tailles d’écran atypiques des smartphones incassables (véritable casse-tête pour les designers !), les besoins divers des agriculteurs (tout le monde sait que “chaque ferme est unique”) ou l’absence de réseau mobile dans certaines régions (et la gestion du mode hors-connexion).

Même si le nombre de prestataires prêts à développer les fonctionnalités souhaitées pour un budget toujours plus limité ne cesse d’augmenter, notre recommandation est simple :

Jugez vos prestataires sur leurs capacités à développer des applications réellement utilisées par les agriculteurs et favorisez une facturation à l’usage pour limiter votre risque.

En effet, investir dans une technologie qui n’est pas utilisée revient toujours trop cher…

3. Comment rendre cette application indispensable ?

La technologie ne fait pas tout : aussi bon soit le produit, son utilisation quotidienne dépend surtout de la stratégie établie par l’Organisme Stockeur et de sa capacité à la mettre en oeuvre.

L’impulsion doit venir de la direction !

Les équipes doivent comprendre les bénéfices de la nouvelle solution (ainsi que les raisons derrière cet investissement) mais également les changements que cela entraîne en terme d’organisation et de procédures internes.

Le fait de diffuser ses cotations aux agriculteurs sur une application mobile modifie mais ne remplace pas la relation entre l’agriculteur et son technicien. En effet, si l’agriculteur n’a plus besoin d’appeler son OS pour connaître le prix, il attend malgré tout un accompagnement de la part de son technicien avant de valider sa vente. La direction doit donc être en mesure de communiquer clairement ses nouvelles attentes vis-à-vis des équipes (ex : appeler proactivement l’agriculteur quand il est prêt à vendre pour sécuriser la collecte).

De même, le service administratif devra comprendre la décision de l’équipe dirigeante de supprimer le papier et dématérialiser les contrats (ou d’automatiser toute autre tâche répétitive) pour se consacrer à d’autres missions à plus forte valeur ajoutée.


Si l’idée d’avoir sa propre application mobile avec son logo est séduisante, réussir son lancement n’est pas chose aisée : il ne suffit pas de définir un cahier des charges et de choisir un prestataire informatique pour la développer.

Cependant, une application mobile peut devenir un puissant avantage concurrentiel lorsque l’organisme stockeur s’entoure de bons prestataires et parvient à fédérer ses collaborateurs autour d’une solide stratégie.

Dans un prochain article, nous étudierons comment Perfarmer accompagne les collecteurs de céréales à répondre à leurs enjeux de mobilité 📱.